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Textes - Edgar Morin : L’appel de la Fraternité

Comme disait Albert Cohen : « Que cette épouvantable aventure des humains qui arrivent, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, que cette catastrophe qui les attend ne nous rende pas tendres et pitoyables les uns pour les autres, cela est incroyable. » […]


L’appel de la Fraternité


L’appel de la Fraternité ne s’enferme pas dans une race, une classe, une élite, une nation. Il vient de ceux qui, où qu’ils soient, l’entendent en eux-mêmes, et il s’adresse à tous et à chacun. Partout, dans toutes les classes, dans toutes les nations, il y a des êtres de « bonne volonté » pour qui son message est leur message. Peut-être sont-ils plus nombreux chez les inquiets, les curieux, les ouverts, les tendres, les métis, les bâtards et autres entre-deux.


L’appel à la fraternité ne doit pas seulement franchir les viscosité et imperméabilité de l’indifférence. Il doit surmonter l’inimitié. L’existence d’un ennemi entretient à la fois notre barbarie et la sienne. L’ennemi est produit pat aveuglement parfois unilatéral, mais qui devient réciproque lorsque nous subissons une inimitié qui nous rend hostile en retour. Certes, les égocentrismes et les ethno-centrismes, qui ont suscité et suscitent sans cesse des ennemis, sont des structures inaltérables de l’individualité et de la subjectivité, mais, de même que cette structure comporte un principe d’inclusion dans le je, elle comporte un principe d’inclusion dans un nous, et le problème clé de l’accomplissement de l’humanité est d’élargir le nous, d’embrasser, dans la relation matri-patriotique terrienne, tout ego alter et de reconnaître en lui un alter ego, c’est-à-dire un frère humain.


Il nous faut surmonter la répulsion devant ce qui ne se conforme pas à nos normes et à nos tabous, et surmonter l’inimitié contre l’étranger, sur qui nous projetons nos craintes de l’inconnu et de l’étrange ; cela demande un effort réciproque venant de cet étranger, mais il faut bien commencer…


Il y a l’ennemi qui a tué, violé, torturé. Mais nous ne pouvons pas le retrancher de l’espèce humaine, et nous ne pouvons pas nous fermer à la possibilité du repentir. La conception complexe de la multipersonnalité nous enseigne qu’il y a plusieurs personnes en un seul individu, et que nous ne pouvons enfermer cet individu dans son enveloppe criminelle. Définir un être humain comme criminel, disait Hegel, c’est lui supprimer tous ses autres traits humains qui ne sont pas criminels. Nul ne peut être condamné à jamais. La magnanimité, le repentir et le pardon nous indiquent la possibilité d’arrêter le cycle vicieux de la vendetta, punition, vengeance – de nous contre l’ennemi et de l’ennemi contre nous. Il nous faut enrayer la machine infernale permanente qui fabrique sans cesse et partout de la cruauté avec de la cruauté. Ici encore, n’espérons pas résoudre ces problèmes de façon paradisiaque, mais sachons lutter contre l’horreur, puisque, nous l’avons vu, une des finalités planétaires profondes est la résistance contre la cruauté du monde.



Edgar Morin « Terre-Patrie » (L’évangile de la Perdition)


Date de création : 09/02/2005 @ 22:01
Dernière modification : 08/01/2010 @ 21:28
Catégorie : Textes
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